Thibault Gauthier

À Dijon, une exposition lumineuse réchauffe les couloirs d’un hôpital en hiver

À Dijon, une exposition lumineuse réchauffe les couloirs d’un hôpital en hiver

Entre les salles d’attente et les couloirs blancs d’un hôpital, c’est une explosion de couleurs qui a pris place : l’exposition Au fil de l’été, parenthèse lumineuse et ensoleillée dans l’hiver transforme le CGFL de Dijon en un jardin d’émotions. Jusqu’au 12 décembre 2025, patients, familles et soignants croisent des rivages dorés, des natures mortes gourmandes et des intérieurs chaleureux — des scènes d’été peintes à l’huile, là où l’hiver s’installe. Pas de cadre doré, pas de musée : juste des toiles accrochées aux murs d’un centre de gynécologie, d’obstétrique et de fertilité, là où les émotions sont à vif et où la lumière, parfois, manque cruellement.

Une parenthèse peinte dans l’hiver

C’est Raphaëlle Jouffroy, artiste dijonnaise, qui a imaginé cette série de trente peintures à l’huile. Ses toiles ne sont pas là pour décorer : elles sont un antidote. Des côtes méditerranéennes aux jardins de campagne, en passant par des tables garnies de fruits rouges et de pain frais, chaque œuvre respire la chaleur. Et ce n’est pas un hasard. L’exposition a été conçue pour contrer la grisaille hivernale, cette lourdeur qui s’installe dans les hôpitaux quand les jours raccourcissent. "C’est un coup de soleil, une pause dans le froid", résume une infirmière qui passe chaque matin devant les toiles. "Les patientes sourient, même quand elles sont fatiguées."

La collaboration avec Thierry Martin, céramiste de la région, ajoute une dimension tactile à l’expérience. Ses pièces en terre cuite, peintes à la main par Jouffroy, se mêlent aux toiles comme des objets de mémoire — une assiette aux motifs de figues, un vase aux reflets de mer. Ces œuvres ne sont pas exposées dans une salle dédiée, mais au fil des couloirs, comme des surprises. Un patient en attente de résultats, une jeune mère allaitant dans un coin calme : elles les rencontrent sans y être préparées. Et c’est là tout le pouvoir de l’art dans cet espace.

Un hôpital qui devient galerie

Le CGFL n’est pas un lieu ordinaire. Installé dans le centre-ville de Dijon, capitale de la Côte-d’Or, il accueille des femmes enceintes, des couples en recherche de fertilité, des mères en phase d’allaitement — des moments de vie intense, parfois marqués par l’incertitude. C’est dans ce contexte que l’équipe médicale a choisi d’ouvrir les murs à l’art. Depuis deux ans, une politique d’art-thérapie s’y déploie : chaque saison, une nouvelle exposition est installée, choisie pour son pouvoir apaisant.

Les précédentes ont été consacrées à la maternité, à la nature, à la lumière du matin. Celle-ci, la plus colorée, est aussi la plus attendue. "On a vu des patients demander à revenir juste pour revoir une peinture", confie la directrice du CGFL. "C’est devenu un rituel."

Un mouvement plus large dans les hôpitaux français

Le phénomène n’est pas isolé. À Lyon, à Nantes, à Bordeaux, des hôpitaux intègrent progressivement l’art dans leurs espaces. Une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiée en 2023 montre que les patients exposés à des œuvres d’art dans les salles d’attente signalent une réduction de 37 % de leur anxiété avant les examens. "L’art ne soigne pas, mais il accompagne", explique la Dr. Élodie Laurent, psychiatre à l’hôpital de Dijon. "Il donne un autre regard sur l’espace. Quand on est malade, on ne voit plus que la maladie. L’art, lui, vous ramène à la vie."

À Dijon, cette exposition s’inscrit dans un paysage culturel riche. La ville accueille en parallèle six autres expositions : de la bande dessinée culinaire à l’exploration anatomique, en passant par les fossiles de la plaine. Mais aucune ne porte ce nom poétique — ni cette intention aussi précise : offrir un été intérieur, là où le froid règne.

Comment voir l’exposition ?

Les œuvres sont visibles du lundi au vendredi, de 8h à 20h. Fermée les week-ends, elle est accessible à tous, sans rendez-vous. Les visiteurs peuvent s’arrêter, s’asseoir, regarder — même s’ils ne sont pas patients. "On a même eu des touristes qui demandaient où était le musée", sourit un agent d’accueil. "On leur répond : ici, le musée, c’est la vie."

Le choix des couleurs n’est pas anodin. Jouffroy a travaillé avec des teintes de jaune ocre, de vert émeraude, de rouge cerise et de bleu ciel — des tons qui stimulent le système nerveux sans agresser. "La lumière, c’est le véritable fil conducteur", dit-elle. "Je ne peins pas l’été. Je peins ce que l’été fait aux gens. La paix. La douceur. La joie simple."

Un legs pour les générations futures

À terme, certaines œuvres pourraient être intégrées à la collection permanente du CGFL. D’autres pourraient être offertes à des familles qui ont traversé des épreuves particulières. "On a déjà eu une mère qui a demandé la peinture des figues. Elle l’a accrochée dans sa chambre d’hôpital, après la naissance de son bébé", raconte l’assistante culturelle du centre. "Elle dit qu’elle la regarde chaque matin. Pour se souvenir qu’il y a eu de la lumière."

Frequently Asked Questions

Pourquoi une exposition d’été dans un hôpital en hiver ?

L’exposition vise à contrer la lourdeur émotionnelle de l’hiver, période où les patients en soins prolongés ou en attente de résultats sont plus vulnérables. Les couleurs vives et les scènes de chaleur rappellent la joie simple de la vie, offrant une pause psychologique. Des études montrent que ce type d’art réduit l’anxiété jusqu’à 37 % dans les espaces médicaux.

Qui est Raphaëlle Jouffroy et pourquoi a-t-elle été choisie ?

Artiste dijonnaise, Raphaëlle Jouffroy travaille depuis quinze ans sur les thèmes de la lumière et du quotidien. Son style, à la fois réaliste et poétique, résonne avec les émotions des patients. Elle a déjà exposé dans des écoles et des bibliothèques, mais c’est la première fois qu’elle intervient dans un hôpital. Son approche sensible et son usage du coloris l’ont rendue idéale pour ce projet.

L’exposition est-elle accessible aux personnes en fauteuil roulant ?

Oui, tous les espaces de l’exposition sont accessibles. Les œuvres sont placées à hauteur adaptée, et les couloirs ont été élargis pour permettre un passage fluide. Le CGFL a travaillé avec des associations d’accessibilité pour garantir que chaque visiteur, quel que soit son mobilité, puisse profiter pleinement de l’expérience artistique.

Comment les œuvres sont-elles choisies pour ce type d’exposition ?

Un comité composé de soignants, d’artistes locaux et de patients sélectionne les œuvres selon trois critères : l’émotion qu’elles évoquent, leur capacité à apaiser, et leur adéquation avec l’environnement médical. Les couleurs vives, les sujets de la nature et de la vie quotidienne sont privilégiés. Les œuvres abstraites ou trop sombres sont exclues.

Y a-t-il un lien entre cette exposition et les autres expositions à Dijon ?

Elles font toutes partie du même écosystème culturel dijonnais, mais cette exposition est unique : elle est la seule conçue spécifiquement pour un hôpital. Tandis que les autres visent le grand public, celle-ci s’adresse à des personnes en situation de vulnérabilité. Son objectif n’est pas la curiosité, mais la guérison douce.

Quels sont les projets futurs du CGFL en matière d’art ?

Le centre prévoit de créer une "saison artistique" annuelle, avec des expositions thématiques liées aux cycles de la vie : la naissance, la maturité, la perte. Un atelier de peinture pour patients est aussi en projet, animé par Jouffroy. L’idée ? Faire de l’art un outil de récit personnel, pas seulement de distraction.